L’immersion en nature, remède contre la fatigue mentale. Comment cela fonctionne selon la science?

Lorsque nos journées sont trop chargées en informations, nos processus cognitifs s'affaiblissent et nous ressentons une difficulté à nous concentrer. De manière prolongée cette fatigue mentale peut nous mener à l'épuisement (dépression, burn out...). Des études scientifiques expliquent comment notre cerveau traite ces questions d'attentions, et comment la nature peut jouer un rôle dans notre ressourcement.

Vous arrive-t-il le soir après une journée de boulot, de ne plus arriver à vous concentrer? 

N’importe quelle tache intellectuelle vous coûte une énergie monstrueuse.

Par exemple: j’adore lire, j’ai toujours des bouquins entamés sur ma table de chevet, mais certains soirs, rien à faire! Je ne peux pas enchainer 3 phrases.

Comme je suis très curieux et que j’ai toujours envie d’avancer; je me pose, je prends mon bouquin, je l’ouvre, je commence à lire, mais je suis obligé de repasser 3 fois sur la même phrase pour comprendre ce qui est écrit…

Ma tête bourdonne et mon cerveau ne créé aucun lien entre les différents mots qu’il lit. 

J’ai remarqué que ça dépend les périodes, par exemple lorsque je suis en vacances, là je n’ai plus aucun problème. 

Mon cerveau est ultra vigilant, et efficient. J’en profite pour rattraper tous mes bouquins en retard, notamment les plus conceptuels qui demandent plus d’attention et que j’ai du mal à lire dans mon quotidien (genre les bouquins de Psychanalyse de Jung).

Alors que se passe-t-il dans la journée de boulot pour que ma concentration soit si anéantie le soir? 

Le problème de la surcharge mentale

C'est l'accumulations des contraintes psychologiques et émotionnelles de la journée qui me mettent dans cet état le soir. D’autres symptômes peuvent venir avec:

  • Trouble du sommeil
  • État de stress constant
  • Une sensation de fatigue physique intense qui ne part plus. Le manque d’énergie, et une lassitude au réveil. 
  • Plus d’envie de ne rien faire (apathie). Le début d'une pente possible vers la dépression.

Finalement, les problèmes de concentration ne sont que les premiers signes. 

Mais en continuant sur ce chemin nous pouvons tomber dans un gouffre. Depression et Burn Out

Bien souvent, nous sentons lorsque nous sommes sur la pente descendante, mais nous ne voyons pas comment nous dégager de cette impasse. Tout va très vite et nous n’arrivons plus à réfléchir. C’est une situation difficile.

Les risques ne sont pas les mêmes suivant les métiers. Je le sais car j’ai plusieurs métiers et je ne perçois pas du tout la même fatigue suivant ce que j’ai pratiqué dans la journée. 

D’ailleurs au cabinet lorsque je reçois mes patients, je me rends bien compte que certains métiers sont particulièrement exposés. Je pense aux soignants notamment. Qui sont de plus en plus sollicités: à l’hôpital, dans les ehpads, leurs conditions de travail deviennent nocives pour leur santé mentale.

Cet article fait une synthèse de quelques données scientifiques qui expliquent le mécanisme mis en jeu dans la fatigue mentale, et propose une solution facile pour sortir contrebalancer cette perte d’énergie.

Si vous vous reconnaissez dans ces descriptions, vous pouvez faire un test sur le site d’Amélie (échelle de picot) pour mesurer votre fatigue mentale. (https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/asthenie-fatigue/bons-reflexes-cas-faut-consulter)

difficultés de concentration

Les qualités de l’attention

La notion d’attention est définie comme un ensemble de processus permettant de contrôler et réguler nos activités cognitives. L’attention permet de prendre du recul, synthétiser l’information, faire un plan ou réfléchir. Les psychologues déterminent différentes formes d’attentions.

Votre capacité à vous concentrer sur un objectif (comme lire un livre par exemple) dépend d'une ressource qu’ils nomment « l’attention dirigée ». C’est une attention soutenue, volontaire, qui repose sur un effort cognitif de l’individu, et qui entraîne au bout d’un certain temps (après une journée de travail par exemple) un état de fatigue attentionnelle. 

Le modèle de Kahneman (1) montre que nos ressources en attention dirigée sont limitées dans les contraintes de l'environnement, et qu’elles doivent être reconstruites régulièrement.

Par exemple, marcher en ville vous oblige à traiter tout un tas d’informations comme les bruits, l’observation des feux de la circulation, le calcul de la vitesse des personnes que vous aller doubler sur le trottoir…cela sollicite vos ressources en attention dirigée.

Si vous avez travaillé dans le stress et les émotions négatives toute la journée, le soir, votre attention dirigée a été tellement sollicitée, qu’elle est à plat.

Vous avez alors toutes les chances de ressentir de l’impatience, de l’irritabilité, de la distraction face à une tâche (comme ma lecture du soir par exemple)

Trouver un moyen pour la recharger est un enjeu majeur pour l’individu. Car, de manière prolongée dans le temps, cet état mène assez rapidement l’individu au stress chronique et tout ce qui a été décrit plus haut. 

Comment peut-on se recharger efficacement?

La théorie de la restauration de l’attention 

Marche en forêt pour régénérer l'attention

Kaplan et Kaplan (2), chercheurs à l’université du Michigan ont développé dès les années 80 la notion « d’environnement restaurateur »: après avoir fréquenté des espaces naturels les participants témoignaient d’un sentiment de guérison et de prise de recul sur leur vie.

Ils leur font passer des tests qui mesurent la capacité à se concentrer sur des tâches cognitives importantes. Le groupe des participant qui avait réalisé une marche de 30 minutes dans la nature obtenait :

  • un meilleur apprentissage
  • une meilleure mémorisation 
  • une meilleure productivité 
  • une meilleure reconnaissance des formes géométriques

Que ceux qui faisaient une marche de 30 min en ville (groupe contrôle).

Nos chercheurs émettent alors la théorie de restauration de l’attention (ART: Attention Restoration Theory): lorsque vous êtes en contact avec des environnements naturels (parcs naturels, jardins, forêts…), votre attention dirigée est au repos et cela créé un mécanisme de restauration de la fatigue attentionnelle, ce qui vous permet de mieux vous concentrer et d’obtenir des meilleurs résultats aux tests cognitifs.

Ceci a été confirmé par de nombreux travaux plus récent. Notamment dans une étude de 2015 (3) qui mesure les ondes cérébrales des participants. Les sujets marchant dans la nature avaient une baisse des ondes caractéristiques de l’excitation et de la frustration mais une augmentation des ondes qui apporte le calme mental, la méditation et la réflexion sur soi.


Donc, passer du temps dans la nature vous permet de relâcher votre attention dirigée ce qui régénère vos stocks, enlève la fatigue mentale et vous permet d’être plus performant sur la prochaine tâche cognitive.

Si le soir après le boulot vous aimeriez avoir encore de l'énergie pour lire, faire une formation en ligne, être disponible pour vos enfants ou développer vos projets personnels; une marche en nature peut être intéressante pour vous ressourcer au préalable.

Mais comment cela fonctionne? Qu’est-ce qui dans la nature nous permet d’accéder à cet état?

L’etat de fascination douce

En opposition à l’attention dirigée (volontaire et coûteuse), Kaplan décrit une autre forme d’attention: « l’attention flottante » ou fascination. Elle est involontaire, elle permet de maintenir notre attention mais sans aucun effort. C’est une attention contemplative qui permet la réflexion tout en favorisant la récupération de l’attention dirigée. Elle est mise en oeuvre lorsque l'on se focalisent sur certains stimuli.

L’observation de la nature permet cela.

La beauté des paysages nous fait rentrer dans un état particulier: 

  • les courbes arrondies harmonieuses, 
  • les intrications des couleurs (coucher de soleil par exemple), 
  • les formes (arbres, rochers…) et mouvements lents (déplacements des animaux, des feuilles dans le vent, de la neige qui tombe…), 
  • les sons (bruits d’un ruisseau, chants des oiseaux, ect…) et les odeurs (plantes, humidité après une pluie…) 


Se sentir connecté à un espace naturel. Être émerveillé et se sentir apaisé. Ce que les scientifiques nomment l’état de fascination douce(4), permet de décharger vos émotions négatives et reconstituer vos ressources cognitives.

Vous êtes alors en mesure de résoudre vos problèmes immédiats et réfléchir à des questions plus existentielles comme vos priorités et votre place dans l’univers (2). Ces questions sont essentielles à notre bien-être.


« Le sentiment de mystère est le plus beau qui nous soit donné d’éprouver. Il est la source de tout art, et de toute science véritable. Celui qui ne connaît pas cette émotion, qui ne peut plus émerveillé, est pratiquement mort. Ses yeux sont fermés. »
- Albert Einstein -

Fascination douce

L’art de l’émerveillement

3 autres facteurs sont à prendre en compte dans la restauration de l’attention (ART) par la nature:

- Evasion:

la personne doit sentir qu’il s’éloigne des aspects quotidiens de sa vie. Ça peut être à un niveau géographique (s’immerger dans une zone de nature encore inconnue), mais surtout au niveau psychologique: se sentir ailleurs, sortir de ses préoccupations mentales requérant l’attention dirigée. Concrètement, aller marcher dans un espace naturel peu fréquenté est un très bon moyen.

- Cohérence:

c’est la richesse du milieu, les stimuli fascinants qui sont à notre disposition. Que l’espace naturel soit suffisamment stimulant pour nous donner l’envie de l’explorer, de l’expérimenter.

- Compatibilité:

l’environnement répond aux besoins de l’individu sans que cela ne lui demande d’effort d’attention. Il peut accomplir ses buts sans que l’environnement ne l’en empêche, une certaine facilité d’utilisation du milieu. Par exemple, certaines forêts peuvent être hostiles, nous pouvons nous y perdre facilement et les ronces nous empêchent d’avancer. Vous entendez une meute de loup au loin…

Il ne faut pas que votre environnement soit perçu comme un source de stress ou un danger, l’environnement est compatible avec vous et vos capacités.


Ces 4 facteurs (fascination douce, évasion, cohérence et compatibilité) sont interdépendants et s’influencent entre eux. Certains environnements peuvent répondre à certains facteurs sans pour autant être considérés comme reconstituant. C’est donc un équilibre et un art que d’utiliser la nature pour se recharger. Vous devez vous éloigner, aller l’explorer loin de ce que vous connaissez par coeur; mais tout en vous sentant à l'aise, détendu et en sécurité.

L’avantage c’est qu’en tant qu’être humain, nous portons des milliers d’années d’évolution au contact de l’environnement. Nous avons accès à ces ressources de manière intuitive.

L’autre avantage c’est que ce moyen, lorsqu’on le maîtrise, est facilement accessible pour tous. Nous avons tous des bouts de nature (ou des grands parcs) proche de chez nous. Il en va de notre ressort d’aller chercher cette restauration de l’attention qui nous protège de la fatigue mentale, de la dépression et du burn out.

Si vous souhaitez expérimenter ce genre de ressourcement, je propose des stages de connexion à la nature où l’on apprend à s’immerger dans l’environnement et l’on prend du recul sur nos priorités.

Stages d'immersion en nature


Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout, la concentration est une denrée rare de nos jours ;)

La rédaction de ces articles me prends beaucoup de temps. J'en ai d'autres à faire, il y a beaucoup d’autres choses à dire, la science a fait beaucoup d’avancées dans ce domaine ces dernières années. 

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À bientôt,

Alexis

Articles scientifiques cités:

(1)Kahneman, D. (1973). Attention and effort. Prentice-Hall. 


(2) Kaplan, R., & Kaplan, S. (1989). The experience of nature : A psychological per- spective. University Press. 


(3) Aspinall, P., Mavros, P., Coyne, R., & Roe, J. (2015). The urban brain : Analys- ing outdoor physical activity with mo- bile EEG. British Journal of Sports Medi- cine, 49(4), 272–276. 


(4)Herzog, T. R., Black, A. M., Fountaine, K. A., & Knotts, D. J. (1997). Reflection and attentional recovery as distinctive bene- fits of restorative environments. Journal of Environmental Psychology, 17(2), 166–170 

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